Derrière le sentiment de lassitude et le manque d’énergie, différentes causes psychologiques sont à déceler. L’ado: «J’ai la flemme» ; la jeune mère: «Je suis débordée» ; le fumeur en sevrage: «Je traîne les pieds»… À chacun sa manière de la dire, sa fatigue. Mais, d’ailleurs, peut-il n’y avoir qu’une seule fatigue? On peut en douter et appréhender plutôt cette notion comme un concept élastique en quelque sorte, au point que des chercheurs viennent de lui consacrer un remarquable dictionnaire qui dévoile les formes multiples de la fatigue Un ensemble au fond très revigorant à une époque où l’on cherche systématiquement à évincer tout sentiment de lassitude et d’asthénie.

Bien sûr, il y a, opposée à la «bonne fatigue» qui naît d’un effort soutenu et identifié, le syndrome de fatigue chronique (syndrome d’intolérance systémique à l’effort) qui, pour être identifié, doit comporter au moins les trois symptômes suivants: fatigue perdurant depuis au moins six mois, intense, nouvelle ou d’un début défini, ne résultant pas d’un effort excessif continu et non améliorée par le repos, avec réduction du niveau des activités personnelles, professionnelles ou sociales auparavant réalisées ; malaise post-effort ; sommeil non réparateur ; et au moins une des deux manifestations suivantes: altération cognitive, incapacité à rester debout  (critères définis par l’IOM (Institute of Medicine of the National Academies).

«Les troubles du sommeil sont la première cause de fatigue diurne»

Dr Alain Autret, neurologue

Aux médecins, qui sont les premiers à recevoir les 1 % à 3 % de personnes consultant spécialement pour ce problème, de déceler quelle cause physique est ici en question: «Nous cherchons d’abord à savoir si un événement particulier a généré un effort, explique le Dr Alain Autret, neurologue, qui vient de publier Les Maladies dites “imaginaires” (Éd. Albin Michel). Puis nous nous demandons si la personne ne souffre pas d’insomnie ou d’hypersomnie, car les troubles du sommeil sont la première cause de fatigue diurne. Nous investiguons ensuite du côté des dérèglements endocriniens, de la thyroïde, des pathologies neurologiques ou neuromusculaires… Si rien de cela ne s’est confirmé, nous prospectons du côté de la dépression. Mais il faut alors que la fatigue soit associée à d’autres symptômes comme le retrait social, la tristesse, la procrastination, le désinvestissement affectif…»

La fatigue seule reste donc difficile à appréhender. Peut-être pour mieux la cerner faut-il se référer à son antagoniste, l’énergie, aussi indéfinissable puisque se situant elle aussi à la frontière du physique et du psychique. Pour les professionnels de la psyché, elle est cette fameuse «libido» dont Freud voyait essentiellement l’origine sexuelle, une énergie vitale qui, lorsqu’elle est refoulée, entrave notre existence. Pour son disciple Jung – avec qui il y eut d’ailleurs conflit autour de cette question majeure -, la «libido» était bien plus, comme l’explique la psychanalyste Viviane Thibaudier, auteure de 100 % Jung (Eyrolles): «C’est l’énergie qui se manifeste dans le processus de la vie et que l’on perçoit subjectivement sous forme d’aspirations et de désirs.»

Une fatigue inexplicable peut signifier des conflits psychiques irrésolus

Elle s’incarne ainsi dans l’envie de créer, de construire sa vie, de travailler… Et elle offrait à Jung une grille de lecture pour mieux comprendre les névroses de ses patients. «La vie entière est un problème d’énergie selon lui, et même avant qu’il ne s’inspire de la philosophie chinoise, Jung en a eu l’intuition, souligne Viviane Thibaudier. Ainsi, l’équilibre naît d’une tension acceptable entre des contraires. S’il y a trop d’énergie d’un côté (la carrière par exemple), cela opère forcément aux détriments d’un autre (la vie affective). De même pour les types psychologiques qui caractérisent chacun d’entre nous: si toute mon existence fonctionne sur la dimension “pensée”, alors il y a manque dans la dimension “sentiment”.» Bien distribuer son énergie pour être heureux? La proposition reste d’actualité.

Ainsi, une fatigue inexplicable peut signifier des conflits psychiques irrésolus: la personne est comme prise dans l’impasse de son perfectionnisme ou de son obéissance aux normes. Ou bien, après un traumatisme ou un deuil, elle reste «sur place ». Ou bien elle est sous l’emprise d’un parent, d’un conjoint, d’un collègue… Ou bien elle porte les fardeaux des autres, «en fait trop». Ainsi se retrouve-t-elle vidée de toute énergie alors même que son hygiène de vie semble bonne. (…)

Lire la suite : Que cachent réellement nos fatigues ?  Le Figaro santé

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s