Les seuils d’alerte à la pollution de l’air sont de nouveau dépassés dans de nombreux départements français. Ce pic de pollution exceptionnel mais récurrent ne doit pas masquer la pollution du quotidien, plus décisive pour la santé. Explication avec la spécialiste Charlotte Lepitre, de FNE.

 

Cinq départements en alerte vendredi 20 janvier, quinze samedi, vingt-sept dimanche, quarante et un lundi, et encore un certain nombre ce mardi (voir la situation du 23 janvier). Le pic de pollution que subit une grande partie du pays depuis ce week-end est exceptionnel, par sa durée comme son intensité. C’est du jamais vu depuis dix ans, selon les spécialistes.

Ce sont les « PM10 » qui sont pointées du doigt, des particules de diamètre inférieur à 10 micromètres. Elles proviennent avant tout de la combustion (notamment de bois dans les foyers ouverts) et des gaz d’échappement des véhicules (dioxyde de soufre, oxydes d’azote NOx), mais également du freinage des véhicules, des carrières, incinérateurs et décharges.

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Carte de France de la concentration (en microgramme par mètre cube) de matières particulaires en suspension dans l’air d’un diamètre inférieur à 10 micromètres, lundi 23 janvier.

Tout cela forme un joyeux cocktail, au dosage différent selon chaque région. « C’est un pic de pollution national dû à une combinaison de facteurs. Et en fonction des régions, et des secteurs d’activité qui prédominent, les pollutions locales sont différentes », explique Charlotte Lepitre, coordinatrice Santé et environnement à France nature environnement (FNE), interrogée par Reporterre. Difficile donc de définir nationalement la part de pollution due à chaque source. Schématiquement, dans les régions périurbaines, la pollution vient surtout du chauffage et des feux de bois, tandis que dans les régions urbaines, elle émane surtout de la circulation automobile.

En ce mois de janvier, les conditions météorologiques renforcent cette pollution en empêchant la dispersion des particules. D’abord parce que les conditions anticycloniques entraînent la stagnation des masses d’air : il n’y a pas de vent pour balayer les particules en suspension vers l’océan (ou chez nos voisins), mais ces particules ont au contraire tendance à s’accumuler près du sol. Ensuite, les températures froides causent un phénomène d’« inversion thermique » le matin et le soir : les rayons de soleil réchauffant plus vite l’air que le sol, la couche d’air au sol chargée de polluants se retrouve coincée et ne peut s’élever.

46 % de la pollution française sont… exportées

De plus, le froid génère l’émission de davantage de pollution. Parce que les besoins en chauffage augmentent. Mais aussi parce qu’une grande partie des véhicules récents émettent davantage : « La majorité des trajets sont courts, ne permettant pas aux véhicules de chauffer. Or les constructeurs pointés du doigt par les révélations du « Diesel Gate » ont calibré leurs systèmes de dépollution pour qu’ils ne fonctionnent qu’à partir d’une certaine température, le plus souvent 17°C », explique Charlotte Lepitre.

Quant au secteur agricole, il n’est pas en cause cette fois-ci. « En hiver, les activités agricoles n’ont aucune influence. Mais elles en ont à partir du printemps » précise-t-elle. Et les centrales à charbon allemandes ? « Oui c’est une cause de pollution. Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une problématique européenne : il y a ’importation et exportation’ de pollution entre tous les pays. 46 % de la pollution française part vers l’Espagne ou l’Angleterre selon les vents. » Le pic actuel touche d’ailleurs autant la France que l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas. Charlotte Lepitre met donc en garde ceux qui voudraient accuser nos voisins de nous polluer l’air, se dédouanant ainsi des indispensables mesures à prendre.

Plus de pics de pollution parce que le seuil d’alerte a été abaissé

La succession de ces pics peut donner l’impression d’une augmentation de la pollution de l’air. En réalité c’est simplement notre conscience de cette pollution qui augmente. Les seuils d’information et d’alerte ont été abaissés par un décret du ministère de l’Ecologie d’octobre 2010, entrée en vigueur en 2012. Depuis cette date, il y a donc naturellement plus de « pics » déclenchés. « Certains polluants sont en baisse, mais d’autres non : l’ozone et l’ammoniac par exemple », selon Charlotte Lepitre.

Cela dit, quel est le rapport entre le dépassement de ces seuils d’alerte et les dangers sanitaires de la pollution ? « Le vrai problème c’est la pollution de fond, quotidienne, mais dont on ne parle pas tous les jours. Elle est là, tout le temps, et c’est elle qui atteint notre santé, qui est responsable de morts chaque année. » (…)

 

Lire la suite : Le pic de pollution cache la permanence de la pollution de l’air Reporterre

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