Exercice moralement ambigu ou joli conte qui aide à grandir ? Au delà de l’aspect mercantile, la balance bénéfices/risques du gros bonhomme rouge sur la psychologie des bambins n’est pas clairement établie. La question fait rage.

«Le mensonge est un exercice moralement ambigu», lançaient fin novembre deux psychologues de l’Université d’Exeter (Grande-Bretagne) et de l’Université de Nouvelle-Angleterre (Australie) dans un essai publié par le Lancet Psychiatry . «L’adulte réconfortant un enfant en lui disant que son animal de compagnie mort est parti dans un endroit spécial (un paradis pour animaux) est sans doute meilleur que celui qui lui dit la vérité à propos de son retour imminent dans le cycle du carbone.» Mais qu’en est-il du Père Noël? Faut-il les laisser croire à ce bon gros bonhomme volant de cheminée en cheminée pour offrir aux enfants du monde des cadeaux enrubannés? Le procès est ouvert…

● Le point de vue de l’accusation

– Mentir aux enfants sur l’existence du Père Noël, c’est tromper leur confiance, argumentent Christopher Boyle et Kathy McKay dans le Lancet. Un jour, ils découvriront que vous avez passé les 7 ou 8 premières années de leur vie à leur raconter n’importe quoi. Ils risquent alors de s’interroger sur tous vos autres mensonges…

– C’est aussi les exposer à une trop cruelle désillusion. En apprenant la vérité, nos bambins risquent d’être terrassés, écrivent les auteurs, par une sorte d’«effet Kennedy» (comme le fut le monde lors de l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy) lorsque «l’abominable nouvelle» parviendra à leur conscience. Apprendre en pleine cour de récré qu’on s’est trompé toutes ces années… Traumatisant.

– C’est leur faire croire que la magie existe et qu’elle est nécessaire. «Le monde est-il si mauvais que nous ayons décidé qu’il était mieux de passer dix ans à mentir aux enfants» sur le Père Noël, la petite souris et autres créatures mythiques, s’interrogent les deux psychologues? Et pour les croyants, comment demander aux enfants de concilier vérité (le Père Noël n’existe pas) et foi religieuse (quel que soit le dieu)?

Instant terrifiant entre tous, mettent en garde les deux psychologues: celui où les parents invoquent un Père Noël omnipotent qui priverait de présents les enfants pas sages. D’abord, être sage tout le temps est impossible, arguent les auteurs: «Qui parmi nous peut revendiquer une bonté constante?» Nous ajouterons que c’est le meilleur moyen de ne pas être crédible ou de se forcer à une excessive cruauté: vous vous voyez vraiment laisser le pied du sapin vide, au motif que votre enfant n’a pas été un ange tout au long du mois de décembre?

● La plaidoirie de la défense

– Les contes peuplent l’imaginaire humain depuis des siècles, et beaucoup de parents en racontent tous les soirs à leurs enfants avant de dormir. L’ouvrage Psychanalyse des contes de fées, dans lequel Bruno Bettelheim décrypte les messages à l’inconscient véhiculés par ces histoires très particulières, a beau avoir 40 ans, il n’a pas pris une ride. Pourquoi le Père Noël vaudrait-il moins que le Petit Poucet ou Blanche Neige?

L’imagination fait partie du développement normal des enfants. Ils se déguisent, inventent des histoires, bâtissent des châteaux à partir de morceaux de carton… Le tout en sachant pertinemment que c’est «pour de faux». L’imagination est utilisée par les enfants non pour fuir le monde, mais au contraire pour mieux le comprendre, en particulier celui dont on n’a pas l’expérience directe. L’imagination est aussi une arme pour se projeter dans le futur, et pour stimuler ses capacités de raisonnement.

La vérité ne leur fait pas peur. Dans une étude publiée en 1994 dans la revue Child Psychiatry and Human development, 52 enfants ayant cessé d’y croire rapportaient, pour la plupart, «des réactions positives en ayant découvert la vérité». Les plus tristes dans l’affaire étaient finalement… les parents! En fait, pour beaucoup d’enfants, la désillusion de «ne plus croire» est remplacée avantageusement par le plaisir de faire partie des initiés, des grands, de ceux qui savent. Et c’est souvent encore mieux si on leur demande de protéger la crédulité d’un plus petit. (…)

 

Lire la suite : Laisser les enfants croire au Père Noël, un cadeau empoisonné ?

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