Janet Currie, professeur de chaire, directrice du Center for Health and Well Being et présidente du département d’économie de l’Université Princeton, vient d’ajouter le titre de Docteur Honoris Causa à son CV déjà prestigieux. Décerné par l’Université Lyon 3, cette distinction majeure vient saluer l’ensemble de ses travaux et en particulier son approche sociale de la santé. L’éminente économiste, dont les recherches ont influencé le débat sur l’Obamacare, la réforme du système de santé américain, explique son approche et sa vision singulière de l’impact de la santé sur l’économie.

Acteurs de l’économie – La Tribune : Depuis de nombreuses années, vous étudiez les effets des politiques de santé publique sur l’économie. Quelles sont vos conclusions aujourd’hui ?

Janet Currie : Dans le débat public, l’hypothèse de départ était que l’écart entre les différents groupes sociaux, les riches et les pauvres, aurait tendance à s’accroître au cours du temps. En cause : la moins bonne santé des groupes les plus pauvres, accusés de creuser l’écart.

Si ce postulat s’est vérifié sur les personnes de plus de 50 ans, nos études montrent que la tendance se réduit désormais chez les plus jeunes. Ces résultats démontrent la pertinence des programmes de santé publique, ciblés sur une population défavorisée. Ils compensent l’inégalité sociale et soulignent que l’inégalité économique ne se reflète plus forcément dans l’inégalité vis-à-vis de la santé.

En quoi consiste ce mécanisme ?

Quand les enfants naissent et grandissent en bonne santé, nous avons montré qu’ils deviennent des adultes en bonne santé, avec un impact à la baisse sur les taux d’obésité, le nombre de maladies cardio-vasculaires et l’amélioration de la santé mentale. D’autres études commencent à s’intéresser aux conséquences sur le cancer, même si ce n’est pas encore définitivement établi.

Il n’y a pas que des facteurs génétiques, il y a aussi des facteurs environnementaux et socio-économiques d’accès aux soins qui entrent en jeu.

Quand la société est en meilleure santé, elle est plus productive, elle produit plus, elle crée plus de richesses. De façon générale, les économistes considèrent l’homme comme un capital humain. Un capital qui réussit et qui performe quand il est bien éduqué. Ce que j’ai essayé de démontrer, c’est que la santé est aussi un capital humain. La bonne santé impacte directement les autres dimensions du capital humain comme la réussite scolaire qui implique l’obtention d’un bon diplôme, qui permet l’accès à une meilleure université donc un bon salaire et de la réussite professionnelle.

Quel est le lien entre la santé, l’environnement et l’économie ?

Nous avons énormément étudié les effets de la pollution atmosphérique, notamment sur les enfants. Nous nous sommes concentrés sur l’impact du monoxyde de carbone, en provenance des voitures, et les émissions toxiques des usines.

Nous avons démontré que, même sous les niveaux officiels autorisés, l’impact sur la santé des enfants était significatif. Les personnes qui sont nées et ont grandi sous un air plus propre, dans des lieux sous les niveaux de pollution, ont mieux réussi d’un point de vue économique.

Lire la suite : Janet Currie : « Une société en bonne santé crée plus de richesses » Acteurs de l’économie-La Tribune

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