Touchés de plein fouet, les agriculteurs atteints de paraplégies, cancers… participent peu à peu à lever le tabou des pesticides en tentant de faire reconnaître leur pathologie en maladie professionnelle. L’association Phyto-Victimes les accompagne sur ce chemin semé d’embûches face à l’agrochimie.

Les pesticides ? Une nouvelle façon de produire. Le progrès. Le productivisme. Dominique Marchal, comme la plupart des agriculteurs, y a cru dur comme fer. Fraîchement sorti d’une école agricole en 1976, il s’installe en GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun) dans une exploitation céréalière et en élevage avec son père et deux de ses oncles, à Serres, en Meurthe-etMoselle. Désherbage, protection insecticide, fongicide…

À lui la tâche des traitements des semis. En 2002, apparaissent les premiers signes du mal. Le nom est donné : le syndrome « myéloprolifératif », une maladie du sang proche du cancer. Bigre, à 44 ans ! « C’est mon épouse qui a entamé les démarches auprès de nos organismes agricoles. Mais les portes se sont toutes fermées », relate l’agriculteur. Pour la Mutuelle sociale agricole (MSA), il fallait faire le lien entre sa maladie et l’utilisation du benzène contenu dans les produits utilisés à la ferme, sans qu’il en soit fait mention sur les étiquettes. Débutent alors de longues années de procédures judiciaires.

Quatre ans plus tard, après confirmation par un toxicologue que plus de la moitié des produits utilisés par Dominique Marchal contenaient bien du benzène, le tribunal des affaires sociales d’Épinal reconnaît la maladie professionnelle. Une première. Une vraie révolution dans le monde agricole. L’affaire est médiatisée. Un céréalier charentais le contacte. C’est Paul François.

« Il voulait connaître les démarches que j’avais effectuées. Il venait d’être intoxiqué par l’herbicide Lasso, de la firme Monsanto, alors qu’il inspectait la cuve d’un pulvérisateur. » Depuis, l’agriculteur souffre de graves problèmes neurologiques et immunologiques. Lui aussi veut faire reconnaître sa maladie. Et lance en parallèle une procédure contre le semencier américain.

En septembre dernier, la cour d’appel de Lyon confirmait la condamnation de Monsanto. Là aussi, c’est une première en France. « Une immense victoire » contre la puissante firme agroalimentaire, « au bout de huit ans de combat, de harcèlement et de souffrance », explique Paul François. Mais Monsanto ne lâche pas l’affaire et se pourvoit en cassation. Quant à Dominique Marchal, lorsqu’il décide de se tourner vers la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI)­ attaquer tous les fabricants étant mission impossible ­, la cour d’ap pel de Metz estime que le lien entre les produits utilisés et sa maladie n’est pas suffisamment établi. Coup de massue. « Il faudra retour ner en cassation. C’est une affaire interminable, épuisante… » Paul François sait aussi que le combat n’est pas terminé. Qu’il sera long, et coûteux.

Lire la suite : Pesticides : le prochain scandale sanitaire | L’Humanité

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