Mafias de l’environnement : sur la route clandestine des déchets électroniques

De la Chine à la Marne, « Le Monde » a remonté une filière de « recyclage » illégal des déchets électriques et électroniques.

Cinquante-cinq secondes. C’est le temps qu’il a fallu à l’ouvrière, assise à même le sol, pour démanteler un clavier d’ordinateur, séparer composants électroniques, câbles et pièces en plastique, et les répartir dans des bacs séparés. Des montagnes de claviers, entassés dans cet atelier sombre de Guiyu, la « capitale mondiale » des déchets électroniques, attendent de subir le même sort.

Chaque jour, plusieurs centaines de kilos de claviers sont traités dans cette entreprise familiale comme la ville chinoise en compterait 5 500, selon l’Association locale des recycleurs. Les ouvrières sont payées « entre 2 000 et 3 000 yuans [243 et 364 euros] par mois, cela dépend du prix du marché, et en ce moment les affaires ne sont pas très bonnes », affirme le responsable de l’atelier, qui préfère taire son nom. La conversation est interrompue par l’irruption de quatre hommes, qui nous intiment l’ordre d’aller voir ailleurs.

L’un d’entre eux nous suit pour s’assurer que nous nous éloignons bien. A Giuyu, dans l’est du Guangdong, la question des déchets électroniques est un sujet sensible. L’activité ferait vivre 60 000 personnes, soit près d’un habitant sur trois. Elle en tue également. Depuis que le Basel Action Network, une organisation non gouvernementale américaine, a révélé, en 2001, les dégâts qui y ont été provoqués par le démantèlement sauvage de déchets électroniques, Guiyu est devenu un laboratoire à ciel ouvert.

Les nombreuses études scientifiques ont abouti à la même conclusion : les habitants de Giuyu, leurs cultures et leurs animaux d’élevage sont empoisonnés par la présence de quantités phénoménales de métaux lourds qui se sont accumulées dans l’environnement. Une étude de 2013 a encore démontré que les sols regorgeaient de dioxines résultant de la combustion des déchets d’équipements électriques et électroniques.

Guiyu est devenu synonyme d’horreur écologique. Quand un Chinois doit s’y rendre pour une raison ou pour une autre, il s’abstient de consommer les produits locaux et fait provision d’eau minérale. C’est probablement là qu’auraient dû terminer leur périple les deux conteneurs provenant de la société française D3E Recyclage saisis en 2010, dont les gérants ont été condamnés en 2012 pour exportation illégale de déchets électroniques.

Selon une étude publiée en juin 2014 dans la revue Environmental Science & Technology, environ un quart des déchets électroniques produits par les pays industrialisés finissent leur vie dans sept pays d’Afrique et d’Asie. La Chine, dont l’industrie nourrit un appétit inextinguible pour les matières premières recyclées, est la première destination de ces déchets.

Source: www.lemonde.fr

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